Pour sourire........

Publié le par Lucy



« Allo ? Ici le Président de la République, je vous écoute.
— C’est Claude Guéant, monsieur le Président.
— Ah, bonsoir, Claude. Qu’est-ce qui vous amène ?
— La photocopieuse, Monsieur le Président.
— Comment ça, la photocopieuse ? Qu’est-ce qu’elle a la photocopieuse ?
— Elle est en panne, monsieur le Président. Voilà ce qu’elle a.
— Et alors ? Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ?
— Eh bien, j’en ai parlé avec Henri Guaino, monsieur le Président. Qui m’a conseillé d’appeler Christine Lagarde. Ce que j’ai fait naturellement. Après avoir contacté Eric Woerth. Qui était justement en grande conversation budgétaire avec Xavier Bertrand, à qui il a soumis le problème. Tous les avis convergent, monsieur le Président : vous êtes le seul à pouvoir réparer la photocopieuse.
— Moi ? Réparer la photocopieuse ? Vous rigolez, Claude ! Vous m’avez déjà vu réparer une photocopieuse ?
— Pas vous directement, bien entendu, monsieur le Président. Mais nous avons pensé qu’un problème de cette importance avait vocation à être traité par vous, personnellement. Qui d’autres est en mesure d’obtenir qu’un technicien intervienne un dimanche soir, à 23 h 30 ? Il n’y a que vous
— Attendez, Claude. Vous trouvez que je n’ai pas assez de boulot ? Sauver les banques, rénover le capitalisme, combattre les paradis fiscaux, niquer les socialistes, gouverner l’Europe et bientôt le monde entier… Et vous voudriez que je trouve le temps de m’occuper de la photocopieuse ?
— Mais justement, monsieur le Président ! Justement ! L’expérience prouve que si vous ne vous occupez pas de tout, rien ne marche ! sans vous, c’est la catastrophe, la débâcle, le chienlit, l’hallali… Alors pour la photocopieuse…
— N’en faites pas trop, Claude. On croirait entendre mon cireur de pompes préféré, Frédéric Lefevbre… Cela dit, je suis bien obligé de reconnaître que vous avez raison. Heureusement que je suis là ! Je me demande si les français se rendent bien compte de la chance qu’ils ont… Le monde entier les envie d’avoir un président aussi déterminé, aussi volontaire, aussi brillant, aussi doué – et ils font la fine bouche. J’ai pas raison, Claude ?
— Mais si, monsieur le Président. Vous avez mille fois raison. A part de Gaulle et Napoléon, je ne vois pas qui a autant fait pour le prestige de la France !
— Napoléon Ier ou Napoléon III ?
— Euh… les deux, monsieur le Président ! Les deux ! Et justement pour la photocopieuse…
— Parce que moi, je vais réussir là où ils ont tous les deux échoué, Claude ! Empereur de la France, empereur de l’Europe, empereur du monde ! J’ai pas raison ?
— Si, monsieur le Président. Et empereur de la photocopieuse !
— Plaît-il ?
— Je rigole, monsieur le Président. Je rigole ! Quoique, justement…
— Vous avez vu comment je nique les socialistes, Claude ? Vous avez vu ? Plus socialiste que moi, tu meurs ! C’est pas digne de Napoléon, ça ? D’autant plus que ça ne me coûte pas cher ! Des mots, encore des mots, toujours des mots, comme chantait Sheila…
— Dalida, monsieur le Président. Dalida.
— Dalida ? Vous êtes sûr ? Bon, peu importe. Ce qui compte, c’est ce que je dis, non ? C’est que j’aie raison, non ?
— Absolument, monsieur le Président. Vous avez tout à fait raison d’avoir raison – enfin, je veux dire… Absolument !
— C’est comme les emplois aidés ! Qu’est-ce qu’ils ont à venir m’embêter avec ça, les socialistes ? Je fais ce que je veux. Je dis ce que je veux. Je nique qui je veux. Et toc !
— Et toc, monsieur le Président. Absolument. À part ça, puisqu’on en parle, la photocopieuse…- C’est comme les autres, là, tous ces nains, les Copé, les Laporte, les Borloo, les Lagarde, les Morin, les Boutin… Ils ne font que des conneries ! Il faut tout leur dire ! Mais ils ne perdent rien pour attendre, Claude, je vous le garantis ! On parlait de quoi, au fait ?- De la photocopieuse, monsieur le Président. Qui est en panne.
— Bon, voilà ce qu’on va faire, Claude. D’abord, je vais porter plainte.
— Contre la photocopieuse, monsieur le Président ?
— Mais non, Claude ! Vous allez me faire douter de votre intelligence ! Contre le fabricant de la photocopieuse, voilà contre qui. C’est un scandale que la photocopieuse de président de la République française tombe en panne un dimanche soir à 23 h 30 ! C’est intolérable ! C’est inacceptable ! C’est une atteinte à mon honneur ! À mon image ! À ma grandeur À l’avenir du monde ! Je vais porter plainte, Claude. Tout de suite. Appelez-moi Rachida !
— Euh… Je crains que ce ne soit pas possible, monsieur le Président.
— Comment ça, pas possible ? Tout ce que je veux est possible, point final !
— Elle est en repérage à la maternité, avec les photographes de Paris Match. En prévision du jour J.
— Et voilà, qu’est-ce que je vous disais ? Il faut que je fasse tout moi-même ! La ministre de la Justice n’est même pas là pour porter plainte contre le fabricant de la photocopieuse du président du monde ! C’est intolérable ! Au fait, elle est en panne depuis combien de temps ?
— Dix minutes, monsieur le Président.
— Dix minutes sans photocopieuse, alors que j’essaie de sauver les banques, de sauver les emplois, de sauver le capitalisme et de niquer les socialistes ! Ah, elle va être gratinée, ma plainte ! Dix millions d’euros par minute de perdus ! Au fait, elle vient d’où, cette photocopieuse ?
— Du Japon, monsieur le Président. C’est une photocopieuse japonaise.
— De mieux en mieux ! Eh bien on va rompre nos relations diplomatiques avec le Japon ! Immédiatement ! En plus de la plainte. Appelez-moi Kouchner !
— Je crains que ce ne soit pas possible, monsieur le Président. Il est en Afghanistan.
— Qu’est-ce qu’il fait en Afghanistan ? Ils ont des problèmes de photocopieuses, en Afghanistan. Première nouvelle ! Il faudrait tout de même qu’il apprenne à hiérarchiser les urgences, Kouchner ! Allez hop, viré ! Je signe tout de suite sa démission ! Vous me ferez une photocopie !
— Ben, justement, monsieur le Président… »

for Marianne N° 602

 

Publié dans De tout et de rien

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