Etonnants Voyageurs ( le prix )

Publié le par Lucy


Paru ce jour dans Ouest-France

lundi 12 mai 2008

Le passé devant soi de Gilbert Gatore


Gilbert Gatore, entouré des dix membres du jury, à peine plus jeunes que lui, sur les remparts de Saint-Malo.

Écrivain rwandais âgé de 27 ans, Gilbert Gatore a remporté, hier, à Saint-Malo,le prix Ouest-France Étonnants Voyageurs 2008 pour Le passé devant soi. Les dix jeunes jurés ont été sensibles à ce premier roman, histoires mêlées d'un bourreau et d'une victime, sur fond de génocide.

« Ce que l'on a adoré, c'est l'universalité de votre roman ». Après deux heures de discussions serrées, les dix jeunes ont fini par se décider. Éliminé sur un fil, le beau roman d'Ananda Devi, Indian Tango ! Le vainqueur est Le passé devant  soi.  Maintenant,  l'auteur  Gilbert Gatore - prononcer Gatoré - est là. Il a 27 ans. À peine plus âgé qu'eux. Et savoure son plaisir d'avoir été choisi « par des gens libres et normaux ».

L'histoire ? Deux récits entrecroisés dans un pays, jamais nommé, où un massacre fut perpétré. Récit de Niko, un muet un peu sauvage, retiré sur une montagne, au milieu des singes, expiant ses crimes, s'exprimant par versets presque bibliques. Récit d'Isaro, belle étudiante, adoptée en France, revivant les meurtres, reniant son confort, retournant dans son pays, quêtant la mémoire du massacre.

Le bien, le mal. La victime, le bourreau. Deux styles, deux approches. Mais, au bout du chemin, un coup de théâtre. Pour montrer que, récit ou non, on ne guérit pas du passé. Un passé à jamais « devant soi ».Universel, subtil, tendu, politique, poignant, tendre, original, engagé... Les qualificatifs pleuvent. Les jeunes admirent le « va-et-vient superbe entre parole du bourreau et parole de victime ». « Ce n'est pas un livre qui explique. C'est un livre qui pose des questions. La question de la culpabilité. La question de savoir aussi de quel côté nous aurions été. »Car Gatore brouille les certitudes. Son Niko, bourreau « tendre et sympa » est « lui-même victime » de la haine de son père, d'un engrenage qui le conduit à tuer ses frères parce que « c'est pour lui une manière d'exister ». Pour l'auteur, il s'agissait d'aller « le plus loin possible dans la compréhension de quelqu'un qui accomplit ce geste criminel ».Diplômé de Science po et d'HEC, le jeune Rwandais insiste sur l'aspect strictement littéraire de son travail. Son livre ne sera pas un « énième témoignage », les mots « Rwanda » et « génocide » en sont exclus. Seule l'écriture habite l'auteur. Exemple : « J'étais enfant quand la guerre est arrivée au Rwanda. Je venais de lire le Journal d'Anne Frank. J'étais content car je me disais que j'aurais des choses à raconter. » Seulement, quand il fuit le pays avec sa famille à l'âge de 13 ans, on lui confisque tous ses carnets.

 

 

 

La fiction s'imposera peu à peu. Dans sa tête. Puis dans le silence absolu des monastères. Durant quatre mois, il sillonnera la France, des îles Lérins au Mont-Saint-Michel, trouvant asile dans trente cellules de moines, seul havre où l'on puisse écrire « en ne pensant qu'à cela ». Et en posant au mur blanc cette question : « Que fait-on du passé, qu'il soit du Rwanda ou d'ailleurs ? »

 

Georges GUITTON.

Photo: Marc OLLIVIER.

 

Le passé devant soi, Gilbert Gatore, chez Phébus, 216 pages, 18,50 €.

Publié dans De tout et de rien

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Joelle 02/06/2008 11:15

Je vais voir si ma biblio l'a et si ce n'est pas le cas, je pense qu'ils l'achèteront rapidement !